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Comment j'ai arrêté de prendre de la came grâce à ShapedCanvas

J'étais posé dans une gallerie alternative de Montreuil avec un joint de beuh à la main et un kebab, sauce samouraï, dans l'autre quand j'ai assisté à ce concert qui a changé ma vie à jamais.

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Photo : Michèle Gottstein


ShapedCanvas est un collectif d'artistes mené par deux tarés qui se font surnommer Silvio et Cailloux. Tous deux réfugiés politiques, ayant fui leur pays face aux menaces de Varsovie et de Madrid, ils se sont rencontrés à l'Université d'Art de Belgrade. Leurs performances singulières couvrent divers médiums tels que la vidéo, le son, l'illustration, le photomontage et abordent des sujets de sociétés comme la critique du capitalisme, la légalisation des opiacés pharmaceutiques ou encore l'indépendance de la Catalogne, dont Cailloux est originaire. C'est complètement par hasard que j'ai assisté à la performance scénique de ces deux olibrius, invité par un ami pour aller voir un groupe de pop-rock hipster à la Marbrerie à Montreuil (93). J'avais du mal à décrypter l'affiche de la programmation, les yeux enbués par la weed et la dose de codéine que j'avais consommé avant de venir, mais le logo du groupe en ouverture avait retenu mon attention. Ecrit en lettres jaunes majuscules avec à côté un symbole communiste, j'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'un banal groupe de punk anarcho-stalinien mais mes préjugés volèrent en éclat à la seconde où le duo monta sur scène.

Les mecs de ShapedCanvas étaient cagoulés et vêtus de t-shirt à l'effigie de l'URSS. Silvio tenait une hache dans la main tandis que Cailloux pointait ce qui semblait être un pistolet semi-automatique en direction du public tout en criant "Cataluña Libre!". Je laissai tomber mon joint de beuh sous la suprise tandis qu'un chaos indescriptible avait lieu sur scène. Cailloux était en train de balancer des paquets de biscuits et des claques-doigts à la gueule du public tout en criant des slogans en catalan. Silvio, lui, éclatait des parpaings sur scène à coup de hache et frappait des plaques de métal dans un fracas assourdissant. Le public au premier rang reculait, effrayé, eberlué par un tel déferlement de violence. L'apocalypse sonore dura près d'un quart d'heure, quinze minutes de tôles frappés, d'objets balancés et de matériel détruit, au bout desquelles le groupe descendit dans la fosse pour distribuer des images et des DVDs de propagandes à un public médusé.

C'est à ce moment que Silvio vint vers moi pour me donner une affiche format A3 avec une photo d'un hipster vêtu d'un bonnet et d'une barbe d'un demi-mètre, sans doute un crachat à la gueule au milieu bobo parisien et un pied de nez au groupe suivant, il me dit cette phrase qui changea mon rapport au monde: "Commence à prier le petit Jesus, mon jeune blanc".

Je quittai la salle sans prendre le temps de dire au revoir à mon ami et d'assister au groupe suivant, choqué et fasciné par l'expérience mystique à laquelle je venais d'assister, plus puissante que n'importe quelle défonce au LSD. Une fois rentré chez moi, je réunis toutes les drogues qui restait dans mes placards pour les mettre dans un sac poubelle et y mettre le feu. En un instant, toutes mes pochettes plastifiées de cocaïne, mes 15 grammes de cannabis, tout mes cachetons d'ectasy furent anéantis par les flammes tandis que je décidais de me consacrer uniquement à l'adoration du Christ. Je suis aujourd'hui catholique baptisé. Je n'ai plus jamais touché à la came depuis ce jour.

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TAGGED: CATALOGNE, ART, CONCERTS